Le POPA, anciennement Maison Turberg, au 42 de la rue Pierre-Péquignat, est un monument marquant de la vieille ville de Porrentruy, par son histoire, ses qualités architecturales et son importance dans le site bâti.

Une longue histoire et un rôle urbanistique majeur

Ainsi que l’ont mis en évidence les observations archéologiques menées par Christian de Reynier en 2004, le bâtiment actuel occupe un emplacement clé de la ville médiévale, à l’angle nord-est du quartier intermédiaire, appelé le « mitalbu », de l’allemand « Mittelbau », qui reliait l’ancienne partie de la ville (le Faubourg de France actuel) à la nouvelle partie qui s’était développée sur la colline occupée dès le deuxième quart du XIVe  siècle par l’église St-Pierre. La fonction défensive de la construction est encore bien visible aujourd’hui au rez-de-chaussée et au 1er  étage dont les murs nord et est présentent une épaisseur allant de 2m à 2,5m. La typologie de la construction, l’angle arrondi entre la partie nord et est du mur, les archères à niche du mur oriental tendent à dater cette partie de la construction de la seconde moitié du XIIIe  siècle. 

Un autre élément a attiré l’attention de l’archéologue, c’est le tracé de la rue Pierre-Péquignat qui forme à cet endroit un léger coude pour passer à l’ouest du bâtiment actuel. Selon toute vraisemblance, la partie occidentale du bâtiment occupe l’emplacement du corps de passage qui reliait primitivement le bas de la vieille ville au Faubourg de France. Cette hypothèse est corroborée par la présence d’un mur de refend qui sépare la maison proprement dite de l’ancien corps de passage qui se trouve dans l’axe de la rue et qui présente deux arcs en plein cintre, un à l’intérieur et l’autre en façade sud. Ce dernier a été réduit dans ses dimensions probablement au moment où le corps de passage a perdu sa fonction première et a été intégré dans la maison bourgeoise voisine. 

Selon les recherches effectuées en 1990 par Michel Hauser, le bâtiment est mentionné pour la première fois en 1569, date à laquelle il appartient à un certain Guillaume Camus qui a entrepris des travaux conséquents sur le bâti existant. Le caractère de la façade sud date de cette époque et c’est d’ailleurs ce millésime de 1569 qui figure sur le linteau de la porte de la tour d’escalier. Le bâtiment est également connu pour avoir appartenu, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, à l’ancien maître-bourgeois Pierre-François Choulat, qui s’était illustré durant les Troubles entre 1726 et 1740. A la fin de l’Ancien Régime, le propriétaire était à nouveau un personnage en vue, Joseph Rengguer, syndic des Etats de l’Evêché, et qui sera l’un des principaux agents de la Révolution dans le pays. Le bâtiment a ensuite connu différents propriétaires, dont, au tournant du XXe  siècle, l’imprimeur Xavier Turberg dont la maison a gardé le nom. 

Les travaux de réhabilitation de la maison 

Connu pour avoir abrité au 1er  étage le Centre espagnol, jusqu’en 2002, le bâtiment a été acquis en 2003 par la fondation Rémy et Michèle Zaugg. Rémy Zaugg ambitionne de restaurer soigneusement la maison dans le but de pouvoir y exposer ses oeuvres. Il y fait installer un ascenseur à un endroit peu dommageable du point de vue patrimonial et fait aménager dans les combles des locaux de dépôt et de stockage pour des oeuvres d’art, ce qui permet d’éviter tout nouveau percement en toiture. Rémy Zaugg décède malheureusement en 2005 sans avoir pu mener à terme son projet. Le bâtiment est acquis aux enchères en 2009 par M. Günther Dürr qui rénove, non sans mal, la couverture du bâtiment. Celui-ci est vendu en 2012 à la Société des Forestiers du Jura qui, non sans hésiter sur l’affectation du bâtiment, poursuit les travaux de rénovation extérieure, avec la réfection des fenêtres et des façades et la réparation des éléments en pierre de taille. En 2015, la Société Infralog SA rachète le bâtiment et achève les travaux, notamment à l’intérieur, dans la perspective d’une affectation culturelle, renouant ainsi avec l’intention première de Rémy Zaugg. 

Les éléments intérieurs les plus caractéristiques de l’ancienne maison bourgeoise ont été conservés et restaurés. Il s’agit notamment des parquets, des plafonds à panneaux, et partiellement des boiseries. Leur aspect final est dicté par le projet d’une utilisation culturelle des locaux, notamment en salles d’exposition. Au 1er  étage, un plafond, sans intérêt patrimonial, a été enlevé par mesure de sécurité et n’a pas été remplacé. Le nouveau volume ainsi créé donne une importance nouvelle au plafond mouluré de l’étage supérieur et offre des possibilités intéressantes d’exposition. Il en va de même des remarquables caves voûtées du rez-de-chaussée dont les sols en galets et en pierres de taille ont été conservés. 

Treize ans se sont donc écoulés depuis les premiers travaux de rénovation jusqu’à leur achèvement en 2016. Quatre propriétaires se sont succédé durant ce laps de temps, ce qui a rendu difficile le maintien d’une ligne directrice dans ce vaste chantier. A la vétusté générale du bâtiment au début des travaux se sont encore ajoutés les dommages qu’il a subis lors de la réfection de sa couverture, ce qui a conduit, du point de vue de la conservation du patrimoine bâti, à viser à l’essentiel, c’est-à-dire assurer la sauvegarde de la substance historique du bâtiment. 

Avec la restauration de la maison Turberg, la vieille ville de Porrentruy retrouve un joyau de son patrimoine bâti et un atout, à proximité de l’Inter, au fort potentiel culturel.

 

Marcel Berthold

Conservateur des monuments de la République et Canton du Jura

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